CHRONOLOGIE d'une répression implacable. 

Les dates clés

Hanane Ameqrane est syndicaliste, une militante féministe et antiraciste, maman lesbienne de l’immigration et des banlieues, engagée dans un processus PMA.  Elle travaille au lycée Angela Davis.  Son histoire est un mélange alarmant de risque psychosocial, de vexations de la hiérarchie, de répression syndicale, de harcèlement intersectionnel. Nous lui apportons tout notre soutien : nous la croyons.

Depuis des mois, Hanane vit une souffrance au travail intense. 

  • Le 22 novembre 2022, suite à une altercation provoquée par une collègue au sein du CDI, Hanane est convoquée par la direction une semaine plus tard. Cet entretien a duré 5 heures, de 10h30 à 15h30, sans pauses, sans repas, sans accéder aux requêtes répétées de report et de changement de témoin.


  • Pourtant, la direction avait tous les derniers éléments de santé la concernant : certificat de passage aux urgences lié au stress de la situation et hospitalisation programmée de longue date quelques jours après, pour des soins liés à la PMA.


  • A son retour d'hospitalisation en janvier 2023, la situation n’a fait que dégénérer au sein du lycée et avec la direction. Hanane envoie une lettre exprimant ses pensées suicidaires liées à la souffrance au travail le 14 février 2023. Aucun accompagnement spécifique ne lui a été proposé.


  • Lors d'un entretien téléphonique RH le 3 mars 2023, Hanane et SUD Education 93 demandent une médiation avec sa direction, un rendez-vous rapide avec la médecine de prévention,  espérant que cesse cet acharnement et finir l'année scolaire.
  • Le 10 mars 2023, Hanane quitte le lycée, au bout d'une heure de travail,  accompagnée et sécurisée par deux membres de sa famille. Quelques minutes avant son départ, après de nouvelles vexations, Hanane décompense psychiquement. Elle finit par être évacuée par les pompiers.  Deux jours plus tard, elle débute  un séjour de cinq semaines en hôpital psychiatrique.


L'acharnement ne s'arrête pas là. 

  • Le 24 avril 2023, Hanane vient chercher ses affaires au CDI, pendant les permanences administratives des vacances. La direction arrive brusquement au CDI. Sans prendre des nouvelles sur sa santé, ou tenir compte de la présence de sa fille de 4 ans, la direction insiste pour qu’elle signe un document. Hanane demande une convocation ou un courrier recommandé, afin de préserver sa fille et d’être accompagnée syndicalement.


  • Malgré ses demandes, la direction insiste plusieurs fois pour lui faire signer une “interdiction d’accès à titre conservatoire” valable 1 mois. 


  • La direction use de son "pouvoir de police" et a décidé d'appliquer l'article 421.12 du code de l'éducation sans donner de motifs :  “S'il y a urgence, et notamment en cas de menace ou d'action contre l'ordre dans (...) l'établissement, le chef d'établissement peut :  Interdire l'accès de ces enceintes ou locaux à toute personne relevant ou non de l'établissement”


  • Vendredi 12 mai, Hanane reçoit une convocation des Ressources Humaines pour “signalement de son chef d’établissement”, sans avoir accès aux documents en question. Ce nouveau mail génère de nouveau un stress intense, qui ne font qu'accentuer son épuisement, pendant sa convalescence. 


  • Le 14 juin 2023, le rectorat l’informe d’une suspension de 4 mois, dans l’attente d’une procédure disciplinaire,  ou pas ! 

 

Retour sur l’entretien du 14 juin 2023

Après 45 minutes d’attente, Hanane est reçue en présence de Sud éducation 93, du collectif « Sois prof et tais toi », et de son avocat. Le rassemblement revendicatif de soutien devant le rectorat résonne avec force. L’entretien débute avec des remarques désobligeantes. L’administration insiste, malgré les protestations de l’avocat, pour relire le rapport du chef de novembre 2022, auquel Hanane a déjà répondu pendant 5h.  Cette pratique replonge Hanane dans ce souvenir traumatique. Hanane découvre en plus un deuxième rapport daté du 10 mars 2023, jour de l’évacuation par les pompiers. On lui reproche la présence de sa soeur et son amie dans l’établissement, venues à sa demande,  pour la mettre en sécurité, suite à la réactivation du syndrome post traumatique et le retour des pensées suicidaires. Aucun mot sur cette souffrance dans le rapport ubuesque du chef. C’est déjà ce déni de souffrance qui a conduit à l’ effondrement psychique ce jour-là et son hospitalisation de 5 semaines à la suite. Après un semblant de contradictoire, Hanane a pu pointer les omissions et mensonges de ce nouveau rapport du chef. Elle a rappelé le long silence du rectorat.  Elle a pu dire les impacts graves sur sa santé mais aussi celle de sa famille, suivie depuis pour des soins. Malgré des prises de paroles dignes et sans fausses notes de Hanane, la sanction tombe : suspension de 4 mois. Hanane est donc rendue coupable des violences continues qu’elle a vécu. 


Cette suspension arbitraire impacte le projet de formation de Hanane : animation de groupe de paroles avec des personnes LGBTQI+. Dans un contexte inquiétant de suicides des jeunes lgbqti+, cette formation est un atout pour l’institution. Si la suspension est maintenue les 4 mois : la formation ne peut être menée. C’est une nouvelle souffrance pour Hanane.

Le 4 septembre, Hanane reçoit un recommandé : elle est convoquée le Jeudi 5 octobre à 9h, au Rectorat de Créteil, pour un conseil de discipline. Le Rectorat requalifie ses reproches et lui fait de nouveaux reproches, non abordés pendant l'entretien RH de juin 2023. 

- “avoir manifesté ostensiblement vos opinions notamment votre intention de vote pour les élections professionnelles ; ainsi que vos opinions politiques“

- “avoir tenu des propos portant atteinte aux valeurs de la République”. 

 

La souffrance au travail, le harcèlement, les méthodes de management brutales, les réformes impopulaires en cours, mènent aux suicides des personnels. Le Ministère doit aujourd’hui prendre ses responsabilités sur la dégradation des conditions de travail des personnels et les risques psychosociaux auxquels iels sont exposé.e.s, seule condition pour prévenir l’épuisement professionnel et les actes suicidaires.